Voici les principaux conseils de Fabien Harbers pour la technique de la pêche du requin griset :
- L’importance des conditions (dérive, courants, etc.)
« La pêche du requin griset ne s’improvise pas et elle demande un certain apprentissage. Il faut tout d’abord des conditions météos absolument parfaite.
En effet, pour pouvoir pêcher dans plus de 1000 m de profondeur, il faut que la dérive soit la plus faible possible – c'est-à-dire entre 0,1 et 0,2 nœuds ! Il sera également conseillé d’utiliser une ancre flottante pour avoir le moins de dérive possible. En pratique, même une dérive de 0,3 nœud est trop importante car avec la grande longueur de ligne dans l’eau, celle-ci prend un angle trop important et vous n’êtes plus à proximité du fond. Il faut vraiment que la mer soit lisse comme un lac et cette pêche sera donc généralement pratiquée aux beaux jours. Et même avec les meilleures conditions possibles, il faut également tenir compte des courants de fond. Ainsi, il m’est arrivé d’avoir des courants sous marins si puissants qu’ils rendaient la pêche impossible ! Malgré une absence de courants en surface, ceux venant de ces grandes profondeurs peuvent être si forts qu’on peut voir la ligne doubler le bateau qui dérive. Même en rajoutant du poids, il est alors impossible d’atteindre le fond. Il sera alors nécessaire de changer de spot et de pratiquer d’autres techniques moins profondes. Vous noterez d’ailleurs que j’ai remarqué que le griset mordait de toute façon rarement en présence de courants. »
« Les requins griset vivent très profondément et il sera nécessaire de trouver des zones présentant plus de 800 à 1000 m de fond. Ainsi, dans mes spots situées dans les Alpes maritimes, je pêche en moyenne entre 1000 et 1200 m de profondeur. Les meilleures zones à requins grisets sont le bas de canyons ou des falaises sous marines – juste à l’endroit où commence un plateau. J’ai remarqué que ces poissons appréciaient particulièrement ces secteurs situés au pied de très fortes déclivités. C’est assez logique car elles sont riches en vie étant continuellement exposées aux courants qui s’amplifie avec la remontée. Les poissons fourrage sont attirés par le zooplancton qui est ainsi transporté et attirent donc les prédateurs. »
« Quand on pêche dans des profondeurs aussi importantes, la descente prend beaucoup de temps et il est nécessaire de vraiment anticiper longtemps à l’avance. Ainsi, je vous conseille une fois arrivé sur zone de vous mettre au point mort et…d’observer ! Au bout de plusieurs minutes, vous saurez rapidement quel est le sens de la dérive en zoomant sur votre GPS. C’est essentiel ! Vous devrez également tenir compte des courants en surface. Une fois tous ces facteurs enregistrés, il faudra vous caler à au moins 500 / 600 m au minimum en amont du spot que vous souhaitez pêcher. En avançant dans le sens du courant, il faut au moins ce temps avec une dérive faible pour atteindre les fonds à 1000 / 1200 m ! Il ne faut surtout pas laisser couler la ligne librement. Il faut contrôler sans cesse la vitesse de libération de votre fil en ayant la main sur la bobine. La ligne doit toujours rester tendue car sinon les courants créent un ventre important dans la tresse. Je fais ainsi un arrêt tous les 100 m pour que le fil se retende sous le poids du plomb. En « dropant » ainsi votre ligne, vous éviterez les emmêlements et vous pêcherez beaucoup mieux.
Une fois que le plomb est en contact avec le fond, il sera nécessaire de la relever de 50 cm à un mètre pour éviter que le plomb ne frotte le substrat. Le griset est un poisson benthique vivant près du fond et il sera nécessaire d’être à sa proximité. Rester à cette distance du substrat est la principale difficulté de cette pêche ! En effet, le plateau peut être montant ou descendant. Si votre bateau va dans le sens de la montée et que vous ne rajuster pas la longueur de ligne, votre montage va trainer au fond, votre fil prendre de l’angle et vous ne pourrez pas voir les touches. Au contraire, si vous allez dans le sens de la descente, il faudra rendre progressivement du fil en retouchant de temps en temps le fond. Si vous ne le faites pas, votre montage pourra se trouver trop haut au dessus du fond et sera immédiatement attaqué par les calamars très présents dans les couches supérieures. Encore ici, la pêche profonde est une technique active qui demande de la stratégie et de l’intelligence ! Avec plus de 1000 m de tresse dans l’eau, la touche d’un requin est vraiment insignifiante et demande d’avoir les yeux rivés sur la canne. L’attaque d’un poisson de plusieurs centaines de kilos peut se traduire par une simple flexion du scion sur un cm à peine ! Entre la profondeur de ligne à surveiller, la gestion du moulinet, l’attention sur la canne, cette pêche est très active ! »
« D’excellentes conditions météos et un vent quasi nul sont essentiels pour cette pêche. Cette technique nécessite de faire beaucoup de trajet pour être pratiquée et il serait dommage de le faire pour rien ! Ces créneaux favorables sont assez rares et votre cession pêche doit donc être préparée bien en amont. Une fois tous ces facteurs réunis, il sera possible d’espérer pêcher un requin griset. Je vous recommande vivement de ne pas pratiquer cette pêche seul car il y a beaucoup à faire sur le bateau – surtout lors de l’arrivée du poisson au bateau ! La pêche en solitaire peut être vraiment dangereuse. N’oubliez pas que c’est un requin et qu’à aucun moment vous ne devez approcher votre main de sa gueule. Je vous conseille vivement de posséder un dégorgeoir long de type pistolet tel que le modèle de 46 cm fait par Cuda. En effet, la mâchoire du griset dotée de 6 rangées de dents triangulaires est extrêmement dangereuse. Un requin est capable de retourner sa gueule jusqu’à toucher sa queue. Ainsi, un pêcheur professionnel niçois s’est fait gravement mordre le bras dans les années 60 par un griset. Restez donc toujours très prudents ! De mon coté, je laisse le poisson le long du bateau et, une fois l’hameçon enlevé, je le laisse rejoindre les grandes profondeurs. »
A noter :
Le requin griset est un poisson très robuste. Il peut ainsi passer de grandes profondeurs à la surface sans craindre le barotraumatisme. Il est ainsi possible de le pêcher dans les abysses où il vit et de le relâcher dans de très bonnes conditions. Avec son poids atteignant facilement plus de 150 / 200 kg et cette capacité à pouvoir être facilement relâché, ce poisson est donc parfait pour les pêches sportives !
Retrouvez dans cette vidéo du moniteur guide de pêche Fabien Harbers le combat avec un magnifique requin griset estimé à 3 m pour 150 kg. Cette prise a été aussitôt relâchée et vous constaterez que le requin est reparti en parfaite santé vers les grandes profondeurs où il vit. Des images aussi rares qu’exceptionnelles !